Amis chasseurs de ... 46 ans .

Bon , c'est vrai que ça met un sacré coup de vieux de se rendre compte parfois de certaines réalités ... Avant le 14 juillet donc il y a un petit mois j'ai eu chez moi une petite semaine Yves , Lyonnais connu sous les drapeaux au Mont Verdun à côté de Lyon . J'étais de la 80/02 , avais eu la chance d'être près de chez moi , aurais presque pu rentrer chez moi à Bron tous les soirs mais avais vécu hors permissions une vraie année en tant que militaire , chauffeur . Mes souvenirs de cette époque sont encore là , dans ma tête je suis encore à peu près aussi fou passionné qu'à l'époque , mais au niveau naturel la chute a été vertigineuse , plus guère d'insectes ( vous tous ne pouvez pas vous rendre compte parce que ça s'est passé en douceur , petit à petit ) donc plus guère de poissons dans les rivières , de truites , plus d'oiseaux c'est un fait ... La semaine dernière est arrivé Pascal qui habite à plus de 1000 mètres d 'altitude à SaintJean Roure en Ardèche , à côté de Saint Agrève , là où la Haute Loire et la Haute Ardèche se touchent . Pascal est un chasseur - pêcheur de toujours , a au lieu de performer en vélo ( quand je l'ai connu au Mont Verdun il roulait tous les jours , cycliste néo professionnel ) préféré parce qu'il avait une formation d'armurier ( avait été ouvrier chez Perrin , l'un des artisans stéphanois les meilleurs ) se faire embaucher comme commercial chez Rivolier . Il a été très performant , jusqu'au bout et sa façon de travailler lui a permis de se dégager pendant presque toute la chasse des jours de liberté dans la semaine , en plus du weekend et des mercredis pour donner presque libre court à sa passion , les oiseaux aux longs becs ... Je suis " un peu " fou de chasse , mais Pascal l'est largement autant , seule différence il n'est pas embarqué dans un projet collectif de chasse en équipe de grand gibier , avec le paquet de chiens à gérer , donc c'est moins contraignant pour lui . Mais il est aussi " sonné " que moi .
On s'était vite reconnus , les détraqués , les passionnés fous furieux de chasse pêche , Yves Pascal et moi , et j'ai toutes ces années gardé avec eux le contact . Ce monde a changé pas en bien , de façon de mon point de vue tourbillonnante , mais moi , en ce qui me concerne , je n'ai pas tant changé que ça . On est tous à la retraite , la passion est toujours là , et si pendant la saison , de début septembre à fin février mars on a tous nos obligations et que c'est plus compliqué , on se voit en général quelques jours par chez moi ( qui à cause de l'équipe de chiens ne peux pas trop m'en aller ) pour aller aux brocards ensemble .
Cette année Pascal n'est pas resté bien longtemps , deux ou trois jours donc on a chassé matins et soirs , avec les siestes ça allait à peu près... Le premier matin sur le Méjean j'avais envoyé Pascal sur une espèce de grand champ montant dans la forêt sur lequel quelques jours auparavant j'avais vu deux brocards pas trop petits dont l'un virait l'autre , et une chevrette et son jeune . L'ai laissé y aller , moins de 200 mètres à faire , et dans les 4 minutes j'ai entendu tirer . Pascal est équipé Blaser K95 , lunette Zeiss , par son métier il a eu toute sa vie de chasseur un contact presque professionnel avec la chasse , il a le savoir faire autant que moi , j'étais sur que c'était mort . J'ai continué à chasser en remontant vers la grande forêt , ai scruté les lisères , ai vu deux binomes chevrette-jeune mais pas de " matou " avec , peut être le coin a t il été nettoyé ?
Un moment après j'ai laissé un message interrogeant l'ami sur son chevreuil , beau ? Manqué , parce que pas vraiment le temps de se caler à un peu moins de 200 mètres quand ce brocard courrait derrière sa chevrette ... Comme quoi ça arrive à tout le monde , quels que soient l'âge , le matériel , l'expérience ... Presque 200 mètres , au lieu du Stabelstick il avait sa canne d'approche tripode MAIS un seul appui de l'arme , ce chevreuil qui court , s'arrête repart , s'arrête , toutes les conditions " à la con " étaient réunies . J'avais la chienne , Urielle dans le Duster , je suis allé ensuite faire le contrôle de tir nécessaire , Pascal pendant ce temps a trouvé sa balle dans la terre du champ , manqué , pas grave ...
Le soir on a tous les deux vu mais pas pu tirer , le lendemain matin Pascal est allé sur un secteur qui lui plaisait , parti dans un sens et moi du même endroit dans l'autre . Je commence à connaitre le coin depuis quelques années que je chasse là à l'approche , ai vu des animaux un peu partout , sais où il arrive qu'il y ait un chevreuil à voir . Dans une grande vilaine pature depuis mon versant dans les sapins je vois en face à 250 - 300 mètres des cervidés qui mangent tranquillement , puis se taillent , alors qu'ils ne pouvaient pas me voir . Bon ... D'un coup je m'aperçois aux thermiques que dans la haie qui sépare le champ en deux tout en haut il y a un chevreuil qui mange dans les ronces . A 250 mètres , mais c'est un brocard , je lui vois les bois sans jumelles . Donc pas si vilain que ça ... Je me rapproche jusqu'à la lisière des sapins , ça fait un peu moins de 200 mètres . J'avance encore un peu dans le prolongement du dernier sapin , 180 et quelques , Stabelstick , il est presqu'en travers , Pan ! Quel con , je n'ai une fois de plus pas pris la seconde et demie nécessaire au fait de CALMEMENT lui faire son injection , lui mettre la balle dans gros comme un pot de yaourt , derrière le patte avant ou à la base du cou ! Quel con ! Bon , il y est , aux thermiques je le vois qui gesticule dans le buisson de grandes ronces dessous , le revois , puis plus du tout . Il y est , je vais vite monter ... Arrivé sur place ou presque sur place , 50 mètres avant les grandes ronces je m'arrête et repasse un coup de thermiques , peut être que je vais le voir , étendu ? Merde ! Il est sorti sans ses pattes avant cassées toutes les deux à ras la poitrine , la balle a tapé 5 centimètres trop bas . Il me regarde arrêté , appui sur le Stabelstick , balle dans le cou , on en parle plus ... Et bien si , on en parle , parce que j'ai eu la chance qu'il ait les DEUX pattes cassées , sinon c'était la fuite à Pétaouchnock , un brocard sur trois pattes fout souvent le camp très vite et très loin . Tout ça pour dire que même avec le savoir faire , l'expérience et le matériel extra , on ne s'applique jamais assez , parce que ça tient à très très peu de choses 5 centimètres à presque deux cent mètres ça n'est rien du tout et c'est au moment du lâcher de la balle que ça se joue . S'appliquer une ou deux secondes de plus ...
Cette année à part s'il revient je ne pourrai pas vous mettre la photo de mon Pascal avec son brocard . Mais j'en ai trouvé une vieille , de photo de Pascal avec un brocard tué celui ci en battue , chez moi , chez mon grand père à Labalme sur Cerdon dans le Haut Bugey dans les années 80 , surement en 81 ou 82 ? Pascal était venu passer le weekend à Labalme parce qu'il y avait des battues aux sangliers et chevreuils , amitié démarrante ... Je me rappelle exactement où et comment ça s'est passé , à " la Montagne " de Labalme . A l'époque j'avais déjà tué des chevreuils , mais que des chevrettes , et je rêvais quand je voyais au tableau un brocard . Pascal ce jour là barrait la même pente que moi , peut être 100 mètres plus haut . A un moment j'entends du bruit sur ma gauche , je suis épaulé et je vois monter dans l'épais à 15 mètres un chevreuil sans bois , que je ne tire pas parce que j'en ai déjà tiré . Trente secondes après Pascal comme je l'espérais tire , et tue ce ... brocard dont je n'ai pas vu que c'en était un . Bon , je n'ai pas " crisé " , mais lui ai bien dit que si j'avais vu les bois , il ne serait jamais arrivé jusqu'à lui . A l'époque j'avais l'oreille des tout jeunes , je ne manquais pas souvent grand chose ... Mais je me rappelle que j'avais été très heureux que l'ami invité ait eu la chance de tirer , de tuer , c'était lui aussi son premier je crois . Bon , depuis on en a tué des quantités , tranquillement tout seuls les étés , mais celui ci est resté un grand souvenir .